Note : tous les termes marqués d'une * sont définis dans le termox.
06/01/09 Esthétique des mots croisés
Dr MoX
Chers moxistes,
En toute activité humaine, il y a une esthétique, c'est-à-dire une manière de faire et de présenter les choses qui fait appel à notre conception de la beauté et de l'harmonie.
Il en va de même pour les mots croisés.
Les mots croisés ont une signature visuelle. Dans un journal, la rubrique des mots croisés s'identifie au premier coup d'oeil. Cela signifie qu'il y a un certain nombre de constantes et de variables dont la mise en forme distingue les mots croisés du reste de la masse textuelle.
Ce sont les attributs de cette mise en forme qui constituent l'esthétique des mots croisés.
Les mots croisés étant une activité scripturale, il est évident que l’essentiel de cette esthétique relève du domaine de la typographie.
Cependant, le Colloque Perpétuel n'a pas pour vocation d'être un cours de typographie. C’est un métier. Il y a des écoles pour ça. Et pour en savoir plus, le claviottage du mot "typographie" sur Amazon fournit une cinquantaine de références sur le sujet.
Le fait est qu'il n'est pas donné à tout le monde d’être un typographe émérite ou un designer de talent. Mais entre le foutoir bariolé et bordélique d’un blog d'ado sur Skyblog, et la mise en page hyper chiadée d’un professionnel classé trois Q dans le Gaud & Michet, il y a tout un espace dans lequel le commun des mortels peut s’exercer à la réalisation d’une présentation correcte, efficace, qui tienne la route, et un tant soit peu personnalisée.
L'esthétique des mots croisés n'est pas un sujet dogmatique. Il n’y a pas de règles au sens strict, mais des des principes généraux et des choix de composition.
En l’occurrence, on parlera de ceux qu’a fait le Dr MoX, choix qui sont visibles dans le démox et dans les mots croisés qu’il vend dans la boutique du Dr MoX.
Le Dr MoX respecte la forme canonique des mots croisés telle que nous l’avons décrite dans notre précédente session du Colloque Perpétuel.
Un problème de mots croisés du Dr MoX occupe un pavé rectangulaire. Ceci donne un aspect professionnel à la composition, contrairement aux présentations qui laissent apparaître de grandes plages vides, ce qu’on voit sur la plupart des sites de mots croisés, comme ici, par exemple.
Le rectangle est aussi la forme la plus économique en terme de surface. Dans les magazines en papier, les mots croisés occupent toujours un pavé rectangulaire ou à peu près. Tout simplement parce que la surface imprimable n’est pas extensible à l’infini, et que le papier a un coût.
Dans un pavé du Dr MoX, nous avons la grille dans le coin inférieur droit, et les définitions qui l’habillent en suivant le contour à angle droit de son coin supérieur gauche.
Les définitions sont bien entendu justifiées de façon à ne pas créer un effet de rateau sur leur bord droit.
Cette disposition n’est absolument pas due au hasard. Partant du principe que la plupart des gens sont droitiers et qu’ils écrivent sans se contorsionner, le fait de positionner la grille en bas à droite fait que la main du verbicruciste ne survole jamais les définitions. Il n'y a jamais d'obstacle entre l'oeil du moxiste* et la grille.
Ce principe d’ergonomie est d’une simplicité confondante. Pourtant, rares sont ceux qui l’appliquent, tant chez les professionnels que chez les amateurs. Voyez, par exemple, les livres des éditions Zulma qui éditent les mots croisés de Scipion et Laclos : la grille occupe le haut de la page et les définitions sont en dessous. Dans le Canard enchaîné, la disposition est exactement l’inverse de celle du Dr MoX, la grille étant en haut à gauche. Avec ce genre de disposition, le verbicruciste doit nécessairement retirer sa main pour avoir l’accès visuel aux définitions.
le Dr MoX apporte un soin à l’apparence de sa grille de mots croisés. Celle-ci est entourée d’un trait gras en triple épaisseur, de couleur noire. À l’intérieur de ce cadre, le treillis de la grille est un trait simple. Il est d’une couleur différente de celle du cadre, dont il est distant d’une épaisseur.
C’est bien joli, allez !
Les cases noires du Dr MoX sont pleines : elles remplissent toute la case, et sont de la couleur du treillis, une couleur plutôt douce que vive.
La numérotation des rangées et des colonnes est en chiffres arabes. Le Dr MoX ne voit pas vraiment l’intérêt, tant pratique qu’esthétique, de distinguer la numérotation horizontale de la verticale. En fait, quand on y réfléchit, on se demande bien pourquoi tant de mots croisés adoptent cette numérotation mixte, qui ne répond à aucune nécessité réelle.
Mais la touche personnelle du Dr MoX, sa marque de fabrique en quelque sorte, c’est la forme de la case.
Une case du Dr MoX n’est pas carrée : elle est rectangulaire, même si c’est de façon presque imperceptible. Sa hauteur est d’environ dix pour cent supérieure à sa largeur.
Nous sommes vraiment, là, dans une considération d’ordre purement esthétique.
Ancien joueur de go, le Dr MoX s’est inspiré du penchant oriental pour la dissymétrie. Le jeu de go se joue sur un plateau, le goban, et le joueur pose ses pierres (c’est le nom des pions du go) sur les intersections d’un carré de 19 lignes de côtés, soit 361 intersections. Mais ce « carré » n’est pas carré. Traditionnellement, les 324 cases ainsi dessinées sont légèrement dissymétriques, dans cette proportion de cinq à dix pour cent, au seul motif de l’harmonie du tableau. Les joueurs s’installent de part et d’autre du goban, sur la largeur du rectangle, et non sur sa longueur : les rectangles sont oblongs, et non aplatis.
Le Dr MoX a repris ce principe dans ses grilles, les cases étant légèrement plus hautes que larges. De plus, cela peut se justifier : une case legèrement rectangulaire est bien mieux adaptée à la forme des lettres capitales de l’alphabet latin, lettres qui, à part le M et le W, s’inscrivent dans des rectangles oblongs.
Cet ensemble de considérations constitue les choix esthétiques du Dr MoX. Voyons un peu maintenant ce qui se fait dans le monde réel.
Nous avons d'un côté les publications professionnelles, tant la presse spécialisée que les encarts de mots croisés des divers journaux. Étant fabriquées par des typographes de métier, ces mots croisés respectent les conventions de la profession et dégagent chacunes leur esthétique propre.
Là où nous entrons pour de bon dans un monde merdique, c’est sur le web. Dans l’ensemble, c’est vraiment l'horreur.
En l'absence des contraintes liées au coût du papier et aux exigences d'économie, il n’y a le plus souvent aucune mise en page digne de ce nom.
Le visuel n’est absolument pas travaillé. Il n’y a aucune élaboration dans l’agencement grille-définition. La grille se balade d’un côté, les définitions de l’autre… De vastes plages blanches déséquilibrent la page.
Très souvent, les définitions sont données sous forme de liste, où l’on revient à la ligne après chaque rangée ou chaque colonne.
On a aussi les couleurs à chier, les polices mal adaptées, les grilles mal foutues... Le design semble être totalement absent des préoccupations de la plupart des concepteurs.
Á cela s'ajoute les contingences purement matérielles liées à la fabrication d'un site web, activité qui nécessite un minimum de compétences techniques. Il y a un certain nombre de choses qu'il faut connaître : le HTML, bien sûr, mais aussi les formats pdf ou rtf, ainsi que le gif et le jpeg.
Il faut savoir aussi se servir les quelques logiciels périphériques qui interviennent dans la réalisation d'un site, comme un traitement de texte, un tableur, et un logiciel graphique. Une certaine maîtrise de l'informatique en général est toujours souhaitable.
S'il s'agit d'un blog, ça vaut vraiment la peine d'en explorer toutes les fonctionnalités, et de se familiariser avec le langage CSS pour personnaliser ses pages et améliorer sa présentation.
Force est de constater, à surfer sur les divers sites consacrés aux mots croisés, que l'incompétence est la règle plutôt que l'exception.
Ce manque de soin apporté à la réalisation des sites donne le sentiment que le web est submergé par un tsunami d’amateurisme qui confine parfois au je-m’en-foutisme.
Maintenant, il nous faudrait quelques exemples pour illustrer cet exposé. Mais sur ce chapitre, je vous laisse la parole : je suis sûr que certains d’entre vous nous ont dégoté de petites perles pour enrichir notre musée des horreurs.
Discussion
Sam Troulku
Je voudrais dire un mot sur la forme des cases. C’est vrai que les cases légèrement rectangulaires et oblongues du Dr MoX sont d’un raffinement aristocratique, n'ayons pas peur des mots. Les cases carrées, c’est moins joli, c’est sûr.
Quant aux cases qui sont aplaties, plus larges que hautes, je le dis franchement : c’est carrément la chose la plus laide que j’ai jamais vue en ce monde.
Hank Locke
Je voudrais d'abord signaler que je ne suis pas le Hank Locke qui a été diplômé en 1981 à la Sanborn Regional High School de Kingston, dans le New Hampshire (ouvrez un compte pour plus de renseignement sur ce type).
Rien à voir non plus avec ce Hank Locke qui est directeur national des ventes de Tibor Leather (idem pour le compte).
Quant à ce gamin maigrichon à poiscaille et casquette de traviole qui claque sur Facebook, c'est toujours pas moi (idem).
Je rappelle seulement que j'ai un homonyme, Hank Lock (sans E), qui était musicien et auteur de musique country.
Pour en revenir à nos affaires, je suis bien d’accord avec Sam. les cases plates, c’est carrément les pavés de l’enfer !
Mais je voudrais surtout saluer le coup de génie des fondateurs de Sport Cérébral. D’accord, ils ont des cases banalement carrées, mais leurs cases noires !
Il faut reconnaître que ces cases noires qui ne remplissent pas tout à fait leur compartiment, c’est d’une classe ! C’est un visuel qui ruine grave.
C’est d’ailleurs devenu leur marque de fabrique, avec en plus le fait qu’il n’y en a jamais deux contigües.
Les mots croisés de Sport Cérébral, ils ont de la gueule, c’est un fait.
Le Comte Rossalet de Nobel-Garse
Nous sommes tous d'accord : les sites de mots croisés sont, dans l'ensemble, extraordinairement laids et fort peu élaborés. On pourrait passer des jours et des jours à les critiquer un à un.
Mais je crois que j'ai mis le doigt sur un site en particulier, d'une mocheté sans pareil. C'est une telle abomination qu'il en devient la parfaite illustration d'une esthétique de la laideur et du mauvais goût.
Son examen détaillé nous épargnera de surfer à droite et à gauche et de se perdre dans de longues énumérations, mais j'estime préférable qu'il fasse l'objet d'une session du Colloque Perpétuel à part entière.
Aussi je vous donne rendez-vous à notre prochaine réunion.
18/12/08 Le canon des mots croisés
Dr MoX
Chers moxistes,
Toujours dans notre optique de description scientifique et positiviste des mots croisés en vue de fonder les bases de la moxologie, je traiterai aujourd’hui de la forme canonique des mots croisés, c'est-à-dire de l’architecture type d’un problèmes de mots croisés, autrement dit de la disposition standard de ses divers constituants, par rapport à laquelle les autres formes de présentation pourront être qualifiées de variantes.
Ainsi, dans sa forme canonique, un problème de mots croisés occupe un bloc rectangulaire.
Ce bloc primordial se subdivise en pavés :
Le pavé de l’en-tête : il contient l’intitulé (« mots croisés »), le numéro du problème, parfois la signature (« Les mots croisés de Untel »), et éventuellement un logo ou une illustration, comme dans le Canard enchaîné.
Le pavé des définitions.
Le pavé de la grille.
Le pavé de la signature, sauf si celle-ci figure déjà dans l’en-tête.
Facultativement : le pavé de la solution du problème précédent.
Facultativement : le pavé des notes (par exemple « définition transmise par… », toujours dans le Canard).
La grille de mots croisés, dans sa forme canonique, est un rectangle (ce qui inclut les carrés).
Ce rectangle est divisé en colonnes et en rangées, dessinant ainsi des cases. Certaines de ces cases sont pleines, et s'appellent des cases noires.
Le format d'une grille s'exprime par sa largeur et sa hauteur. Si la dimension la plus fréquente des grilles tourne autour des 9x11 ou 10x12, soit environ 100-120 cases, on trouve aussi des grandes grilles allant de 225 (15x15) à 400 cases (20x20), et des grilles géantes contenant plus de 500 cases (par exemple 19x29 chez Sport Cérébral).
Les rangées et les colonnes d'une grille sont numérotées. Il existe deux types de numérotation : la numérotation outdoor* et la numérotation indoor*.
Dans le cadre de la numérotation outdoor*, la plus fréquente, la grille est bordée par la numérotation des lignes, située sur la gauche du rectangle, et la numérotation des colonnes, située au dessus du bord supérieur du rectangle.
Exemple : les mots croisés du Dr MoX sont tous en numérotation outdoor*.
La numérotation des médianes* peut se faire de trois façons différentes :
par des chiffres arabes : 1, 2, 3, 4…
par des lettres capitales : A, B, C, D…
par des chiffres romains : I, II, III, IV…
Très souvent, on observe une combinaison de deux de ces options, chiffres-lettres ou chiffres-romains, mais on note que le chiffre arabe est généralement présent sur l'un des deux axes au moins. Les combinaisons lettres-romains, lettres-lettres ou romains-romains sont rarissimes. Étant donné la largeur variable des chiffres romains (I, III, VIII, IX…), ils sont le plus souvent employés pour numéroter les médianes* horizontales plutôt que les verticales.
Il n’est pas rare que, dans les mots croisés géants, la numérotation soit répétée sur les bords droit et inférieur de la grille pour faciliter le repérage.
Exemple : les grilles géantes dans les revues de Sport Cérébral.
Dans le cadre de la numérotation indoor*, les numéros sont à l’intérieur des cases blanches. Chaque numéro correspond au début d’une moxie*, c'est-à-dire d’un « mot » des mots croisés, et donc chaque numéro jouxte une frontière*, c'est-à-dire un mur* ou une case noire.
Le numéro est placé dans le coin supérieur gauche de la case.
La numérotation indoor* se fait toujours en chiffres arabes, pour des raisons évidentes : il n’y a que 26 lettres dans l’alphabet et beaucoup plus que 26 mots dans un mots croisés ; quant aux chiffres romains, ils sont trop encombrants et peu lisibles.
Dans sa forme canonique, la numérotation indoor* s’effectue comme suit : on parcourt la grille dans le sens de la lecture, de gauche à droite et de haut en bas. Dès que l’on tombe sur une case qui correspond au début d’une moxie*, que ce soit dans le sens horizontal, vertical, ou les deux, on lui attribue sa coordonnée, en partant de 1 et en suivant l’ordre croissant des entiers naturels.
Exemple : les mots croisés de Max Favalelli aux éditions Zulma. Toutes les grilles sont au format 20x20 avec numérotation indoor*.
Voyons maintenant les définitions.
Dans sa forme canonique, le pavé des définitions est soit rectangulaire, et dans ce cas il se situe à droite, à gauche, en dessus ou en dessous de la grille, soit il suit le contour de la grille, en l'habillant (comme les mots croisés du Dr MoX), ou en se divisant en deux colonnes (comme les mots croisés du Canard).
Le pavé des définitions se subdivise en quatre parties : deux pavés portant les mentions « horizontalement » et « verticalement », et deux pavés portant le corps des définitions.
En numérotation outdoor*, les définitions sont associées à leur moxie* par leur abcisses pour les horizontales, par leur ordonnées pour les verticales.
Conventionnellement, les définitions se terminent par un point (.), voire par un point d’exclamation (!), d’interrogation (?) ou de suspension (…), c'est-à-dire par un signe de ponctuation qui marque habituellement la fin d’une phrase. Cette ponctuation sépare les définitions des moxies* d’une même ligne ou d’une même colonne. Les ambiguïtés qui peuvent apparaître de ce fait étant facilement élucidables, cette convention ne pose pas de problèmes insurmontables au moxiste*.
On notera cependant que dans la numérotation indoor*, il n’y a qu’une seule définition par numéro sur un même axe debout* ou allongé*, et donc aucune ambiguïté possible.
Voilà pour la forme canonique des mots croisés.
Toutes sortes de variantes sont attestées, dont la plus notoire est celle qui consiste à séparer les moxies* par des traits gras, et donc de ne pas utiliser de cases noires. Elle est cependant très peu répandue en dehors de certains jeux spécifiques, et j'en parlerai plus longuement dans une session consacrée à la case noire.
Discussion
Yves Égée
Je crois qu'il est important de noter que la forme canonique des mots croisés décrite par le Dr MoX s’est fondée spontanément, dès les premiers problèmes publiés dans les années 1920, et qu'elle n'a guère varié depuis.
Elle s'est construite sans théorisation préalable. Elle n'a pas fait l'objet d'une évolution ou d'une longue période de maturation. C'est comme si elle avait fait l'objet d'une révélation. Elle semble innée et non acquise.
C'est en ce sens, je crois, qu'on peut la qualifier de naturelle.
Jude McOoye
Le Dr MoX parlait de numérotation rarissime, et bien figurez-vous que j'ai justement un exemple de numérotation lettres-chiffres romains, la plus rare d'entre toutes.
Jetez un oeil sur ce site. Il est d'un amateurisme flagrant et d'une laideur à faire saigner les yeux, mais passons sur ces détails.
Dans les douze premières grilles, on constate l'utilisation de lettres en abscisses, et de romains en ordonnées. C'est peu banal !
Mais l'auteur, qui s'appelle Sergio, nous garde le meilleur pour la fin. Dans sa grille numéro 13, la dernière à l'heure où nous parlons, il fait l'inverse, et utilise les chiffres romains pour numéroter le vertical !
Son VIII vertical tient tout juste dans la largeur de colonne, mais dans cet autre problème, il est carrément rogné à droite et à gauche.
Question : comment ferait-il pour numéroter la colonne XVIII dans un 20x20 ?
On notera aussi qu'il sépare les définitions d'une même médiane par des étoiles (*), ce qui n'est guère conventionnel et qu'on peut même considérer comme superflu, mais qui a au moins le mérite de ne pas être aussi idiot que le reste de son site.
Elsa Sticcamore
J'ai ici un moxauteur* québécois qui s'appelle Germain Savard, et qui fait un truc marrant : dans ses mots croisés 12x12, il numérote ses lignes et ses colonnes de façon continue, de 1 à 12 pour les allongés*, et de 13 à 24 pour les debout*.
De cette manière, il s'épargne les mentions "horizontalement" et "verticalement". Il pourrait ainsi compacter ses définitions en un seul bloc ! Cependant, il laisse un large espace entre les définitions horizontales et verticales, sans doute pour que ça reste plus lisible.
L'analyse de cette variante la situe comme étant un intermédiaire entre la numérotation outdoor*, dont elle conserve la localisation extérieure à la grille, et la numérotation indoor*, dont elle reprend la continuité de l'indexation.
02/12/08 La moxologie révélée
Dr MoX
Chers moxistes,
La proctologie est la branche de la médécine qui s’occupe du trou de balle. Alors si même les trous du cul ont leur science à eux, on voit pas pourquoi les mots croisés n’auraient pas la leur !
Le début du vingtième siècle a vu naître la psychanalyse, la science de l’inconscient. Le début du vingt-et-unième siècle voit naître la moxologie, la science des mots croisés !
Introduction à la moxologie, Le mots croisés et sa relation à l’inconscient, Cinq leçons sur la moxologie : ne seraient-ce pas là de bien beaux titres pour des ouvrages à venir ?
Une révolution épistémologique est en marche ! Á quand une chaire de moxologie à la Sorbonne ?
On a fort peu écrit sur les mots croisés. Je ne connais que deux bouquins qui traitent du sujet :
Pratique des mots croisés, de Roger La Ferté et Jacques Capelovici, 1975, Que sais-je n°1624. Ce tissu de conneries recense méthodiquement tout ce qu’il faut oublier au sujet des mots croisés. Ce torchon in daebila daebilorum n’a fort heureusement jamais été réédité.
Mots croisés et psychologie du langage, de Jacques Wittwer, 2004, L’Harmattan : un texte assez hermétique, mais qui a au moins le mérite de respecter les règles et la méthodologie du discours scientifique.
Sinon, il y a des écrits plus courts sur les mots croisés, certains historiques, comme ceux de Tristan Bernard ou George Pérec, et d’autres que l’on trouve en abondance sur internet.
Revenons à la moxologie.
La moxologie traite des mots croisés. Par son objet, elle se situe à la croisée de trois grands domaines de la connaissance : les sciences littéraires, les sciences du langage, et les sciences humaines.
Elle peut être abordée par d’autres disciplines : celles des sciences de la communication, de la psychologie et des sciences cognitives, de la sémiologie, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’ethnologie… On qualifiera ces approches sectorielles par préfixation : médiamoxologie, psychomoxologie, sémiomoxologie, sociomoxologie, anthropomoxologie, ethnomoxologie, etc.
Une enquête sociomoxologique, par exemple, s’intéressera aux publics des mots croisés : classe sociale, âge, niveau d’étude, activité professionnelle…
Comme toute discipline scientifique, la moxologie a besoin de sa terminologie. Le vocabulaire de la moxologie, son jargon, est compilé dans le termox.
Les études sur la terminologie des mots croisés s’appelle la moxoterminologie. Le Colloque perpétuel consacrera de nombreuses interventions à la moxoterminologie, ce qui permettra de se familiariser avec ce langage spécialisé.
Il y a une branche de la moxologie qui constitue le socle de la discipline dans son ensemble : c’est la moxétique. La moxologie traite des mots croisés en général et selon tous les points de vue. La moxétique concerne spécifiquement le mox, c'est-à-dire le problème de mots croisés. La moxétique étudie l’économie d’une grille, les rapports qu’entretiennent entre eux ses constituants fondamentaux : la grille, la case, le mot, la lettre, la case noire, la définition.
La moxétique est un outil théorique descriptif, de la même façon que la phonétique sert à décrire les sons de la langue.
Les solux, c'est-à-dire les solutions commentées des mots croisés du Dr MoX, s’achèvent toutes sur un court exposé de moxétique qui décrit le mox et rend compte de ses spécificités.
Discussion
Elijah Kulpa
Je précise en premier lieu que je ne suis pas l'une des sept personnes nommées Elijah Kulpa qui ont été recensées aux Etats Unis.
Cette chose étant éclaircie, j'ai une question : la moxologie s'intéresse-t-elle aux mots fléchés ?
Dr MoX
En fait, la moxologie s'intéresse à tous les trucs qui touchent de près ou de loin aux mots croisés, même les plus nazes, c'est-à-dire tous les jeux où, d'une manière ou d'une autre, on fait interagir des unités linguistiques entre elles selon un principe d'énigmes et de croisements.
Les mofs*, autrement dit les mots fléchés, sont une variante des mots croisés apparue en France en 1969. Il est évident que les mots fléchés sont des mots croisés, mais dont la particularité de contenir les définitions dans les cases qui, dans un mox*, seraient noires, entraîne certaines conséquences en terme de moxétique.
La sociologie des mots fléchés est également différente de celle des mots croisés. Les deux disciplines n'ont qu'une partie de leur public en commun.
Mais nous traiterons des mots fléchés dans une session particulière spécialement dédiée à cette pratique.
Aussi, la réponse à ta question est : oui, la moxologie s'intéresse aux mots fléchés.
25/11/08 Les mots croisés, jeu d'énigmes
Dr MoX
Chers moxistes,
Dans quelle catégorie de jeu peut-on classer les mots croisés ?
Les mots croisés sont un jeu de réflexion, mais les jeux de réflexion sont légion et de types très divers. Qu’est-ce donc qui distingue les mots croisés des autres jeux de réflexion ?
Dans les annuaires sur internet, on voit souvent les mots croisés classés parmi les jeux de lettres. Malgré l’aspect pratique de la chose du à la nécessité de réduire le nombre de catégories quitte à tolérer les approximations, c’est une erreur sur le fond. Les mots croisés ne sont pas un jeu de lettres.
Certes, les moxies*, c'est-à-dire les « mots » des mots croisés, sont faits de moxèmes*, c'est-à-dire de lettres. Dans un mots croisés, une case doit soit être noire, soit contenir une lettre. Les lettres trouvées constituent autant d’indices pour compléter les autres mots de la grille.
Notons que le moxème* peut ne pas être une lettre de l’alphabet. Exemples :
L’aqueux dans la bouche de Marie Curie : H2O.
Truc pour faire péter : C4.
Mecs qui bourrent pendant une journée entière : 24 HEURES DU MANS.
À eux deux, ils peuvent tirer une demie douzaine de coups d’affilée : SMITH&WESSON.
Ce genre de moxie* est extrêmement rare, mais pas impossible. Le moxème* exotique, quel que soit le genre de caractère, s’il n’est pas croisé avec une autre moxie*, peut très bien être isolé dans une pince* ou dans un crabe*.
La catégorie des jeux de lettres ne convient donc pas aux mots croisés. Le Scrabble ou les Lettres de Des chiffres et des lettres peuvent être rangés dans cette catégorie.
Dans ces jeux, il s’agit de constituer des mots. Dans la plupart des jeux, ces mots répondent à une règle. Ils doivent figurer dans l’ODS pour le Scrabble. Ceux de Des chiffres et des lettres doivent figurer dans le Larousse ou le Robert, et les verbes ne doivent pas être conjugués.
Dans les mots coisés, un « mot » est une unité constituée d’une suite de « lettres » limitée par un mur* ou une case noire. Il n’y a aucune restriction concernant la morphologie ou l’attestation du mot dans les dictionnaires. Il peut même appartenir à une langue étrangère.
En cela, les mots croisés se distinguent des autres jeux de lettres. C’est pourquoi le Dr MoX préfère employer le terme « moxie* » plutôt que « mot » pour qualifier la chose, afin de faire une distinction entre le « mot » au sens courant du terme et le « mot » qu’on trouve dans les mots croisés.
Une moxie* est une séquence continue d’au moins deux moxèmes* limitée par deux frontières*.
Une moxie* n’est soumise à aucune restriction morphologique ou orthographique autre que celles que s’impose le moxauteur*. Les moxies* non lexicalisées sont appelées des chevilles*.
Pour cette raison, les mots croisés ne sont pas non plus un jeu de mots. D’abord, parce que l’expression est déjà sémantisée et réfère aux calembours, contrepèteries, et autres plaisanteries du même tonneau. Ensuite parce que les mots croisés ne contiennent pas que des « mots » au sens courant du terme, les chevilles* en étant l’exemple le plus évident.
La caractéristique commune à tous les mots croisés est de reposer sur le langage. Les définitions sont des actes de langage. Les moxies* à trouver sont des réalisations du langage. Il n’y a rien dans les mots croisés qui ne relève pas du langage.
En ce sens, on peut classer les mots croisés parmi les jeux de langage, terme que l’on préfèrera à "langue" en ce qu’il ne se limite pas à une langue particulière, mais à la faculté de langage commune à tous les êtres humains.
Mais le Scrabble lui aussi, malgré ses restrictions lexicographiques, sa stratégie combinatoire et son pendant arithmétique, mobilise les compétences langagières et peut se classer dans cette catégorie.
Le propre des mots croisés est d’associer par isomorphisme un ensemble linguistique, les définitions, à une structure iconographique constituée par la grille. Cette structure iconographique est de type tableau, dans le sens de liste ordonnée. Chaque case du tableau contient une donnée : un moxème*. Ce concept d’isomorphisme est essentiel dans les mots croisés. Il n’y a pas de mots croisés sans isomorphisme entre deux structures, l’ensemble des définitions et la grille.
Dans cet isomorphisme, les moxies* sont reliées aux définitions, tandis que les frontières* et les pinces* correspondent aux séparations entre les définitions, c'est à dire à la ponctuation et aux numéros des médianes.
Qu’est-ce qu’une définition ? Le sens commun du mot est extrêmement restrictif. Il signifie seulement « ce que veut dire » un mot.
Dans les mots croisés, un mot « ne veut pas dire » sa définition. Un mot entretient une relation plus ou moins floue, unique dans chaque cas, avec sa définition.
Au sens large, une définition est une énigme. Comme dans l’histoire d’Oedipe et du Sphinx, une définition est un énoncé auquel il faut trouver la bonne réponse. Ce n’est pas pour rien que les mots croisés ont tout de suite été associés à ce mythe, un sphinx étant un verbicruciste, et un oedipe étant le cruciverbiste.
L’énigme des mots croisés a une caractéristique : c’est une énigme linguistique, une énigme qui se pose et se résoud dans la langue. Il ne s’agit pas de trouver une chose, un objet, une personne ou une idée, il faut trouver une moxie*, c'est-à-dire un « mot » à placer dans la grille. Les définitions sont dans la langue, et il faut trouver des objets de la langue.
À ce titre les mots croisés sont beaucoup plus proches des jeux de questions tels Questions pour un champion, que des jeux de lettres comme le Scrabble, bien que sur la forme, les mots croisés semblent beaucoup plus proches de ce dernier. Cette similitude est un leurre.
En conclusion, les mots croisés sont un jeu d’énigmes linguistiques.
Il faut entendre par « linguistique » ce qui est propre à la langue, dans la langue, et non pas ce qui a trait à la discipline scientifique appelée linguistique.
Ces énigmes linguistiques reposent sur un isomorphisme entre un ensemble textuel et une structure iconographique de type tableau.
Discussion
Jeffrey K.K. Dan McCullott
Je tiens d'abord à féliciter le Dr MoX pour l'élégance de sa description du principe des mots croisés. Je pense que le concept d'isomorphisme est central dans la compréhension du phénomène.
Il faut cependant y apporter une précision.
Il y a dans la grille de mots croisés une relation entre les moxies*, relation qui n'existe pas dans l'ensemble des définitions ; c'est celle du croisement.
Les mots se croisent, pas les définitions.
Les définitions se succèdent. Leur succession s'établit en vertu de l'isomorphisme avec la gaufre*, mais en dehors de cela, elles sont indépendantes les unes des autres.
Chacune d'elles est une énigme à part entière, et le parallèle avec les jeux de questions est très pertinent. Mais c'est la relation d'interdépendance entre les moxies*, relation qui découle justement de leurs croisements, qui aide à les résoudre.
Sans cette relation, les mots croisés ne se distingueraient en rien du Jeu des mille euros, l'animateur en moins pour filer un petit coup de pouce vers la soluce.
Emma Sculley
Avant tout, je tiens à dire que je n'ai rien à voir avec Emma Sculley, cette blondasse londonienne qui affiche sa gueule dans FaceBook.
Rien à voir non plus avec Emma Sculley, cette jeune nageuse australienne, née le 14 février 1997, qui a fini quatrième au Ballina Memorial Christmas Carnival le 12 décembre 2004 au Ballina Olympic Pool de Ballina, Australie, et dont on peut voir la photo ici.
Cela dit, je voudrais évoquer le blaireau de l'autre jour, le Roi Dagobert des mots croisés, celui qui file ses définitions à l'envers.
Dans le cadre d'une démarche scientifique et positiviste, il est nécessaire de procéder à une description rationnelle et précise du phénomène des mots croisés. Celle que nous propose le Dr MoX est tout à fait satisfaisante comme base de départ.
Mais en dehors de ce cadre épistémologique rigoureux, le principe des mots croisés semble si évident qu'on pourrait penser qu'il se passe de toute explication superflue.
Or, le Comte Rossalet de Nobel-Garse a attiré notre attention sur un cas de déviance cognitive pour le moins singulier.
Chez cet abruti qui réalise les mots croisés de linternaute.com, l'isomorphisme grille/définitions n'est pas enfreint, il est perverti. En inversant les correspondances gauche/droite et haut/bas, c'est un peu comme si les flèches de la bijection qui relie les deux ensembles s'entrecroisaient.
Il convient donc d'insister sur le fait que notre isomorphisme est strictement ordonné. Il est orienté, comme le bonhomme d'Ampère. On ne donne pas les définitions dans n'importe quel ordre, mais dans un sens conventionnel : d'abord l'horizontal, de gauche à droite et de haut en bas, puis le vertical, de haut en bas et de gauche à droite.
19/11/08 Des mots croisés... différents !
Le Comte Rossalet de Nobel-Garse
Chers moxistes,
On tombe parfois sur de drôles d'allumés, y compris dans les mots croisés, où ce genre de rencontre est tout à fait inattendue.
Allez donc jeter un oeil sur ces pages :
http://www.linternaute.com/mots-croises/grille/63/
http://www.linternaute.com/mots-croises/grille/62/
http://www.linternaute.com/mots-croises/grille/61/
http://www.linternaute.com/mots-croises/grille/60/
http://www.linternaute.com/mots-croises/grille/59/
http://www.linternaute.com/mots-croises/grille/57/
http://www.linternaute.com/mots-croises/grille/56/
Le principe des mots croisés semble être des plus simples et pouvoir se passer de tout commentaire. On n'imagine pas un journal qui expliquerait à ses lecteurs la "règle du jeu" en accompagnement de sa grille habituelle. On pourrait supposer que même le dernier des crétins serait capable de comprendre en un instant l'évidence de la corrélation entre l'ensemble des définitions numérotées et l'emplacement des mots à trouver sur la grille.
Pourtant, le mec qui a fait les mots croisés du site de linternaute.com n'a visiblement pas assimilé la chose.
Observez bien ses grilles.
D'abord, le plus dingue : ses définitions sont... à l'envers ! Sur une même ligne, il donne les définitions en partant des mots situés sur la droite de la grille en allant vers les mots de la gauche, et sur une même colonne, du bas vers le haut ! C'est tellement inattendu qu'il m'a fallu un long moment et consulter les solutions pour comprendre le truc !
Quelle genre de folie est-ce là ?
Mais il n'y a pas que ça.
Le mec accroche* des chevilles invraisemblables en nombre hallucinant !
Voici quelques exemples de mots désordonnés, introuvables à partir de leur définition :
Précieuse, oui, mais ici ridicule : INMERAEE pour MANIEREE (27).
Pas étonnant, avec cette musique, qu'ils se mettent dans cet état : ARSTAS pour RASTAS (25). Bonjour le jugement de valeur !
Dans cet état, elle donnera des oeufs brouillés : ELLAIC pour CAILLE (24).
Il y a aussi des chevilles aux définitions ineptes, mal conçues, voire carrément fausses :
Complète bien an, bu, ca, etc... : TIN (27). Butin, catin, je veux bien, mais antin ? C'est quoi, ça ?
Suivi de ne elle va monter : IARG (26). Il s'imagine que le seul fait d'utiliser le mot "monter" suffit à faire comprendre qu'il faut écrire de bas en haut. La confusion est totale.
A incliné le fier Sicambre mais pas à ce point là : IMER (27). Rémi est l'évêque qui a baptisé Clovis. Même remarque que pour la précédente définition : l'indice qui doit laisser entendre que le mot est à prendre à l'envers est complètement bancal.
Langue du sud : OG (23). N'importe quoi.
La plupart des définitions sont incongrues, souvent incompréhensibles, même avec la soluce :
Rare mais possible avec Armande, mais ni avec Arlette ni avec Charlotte : EPECTASE (27). Mais c'est qui, ces greluches ?
Ska pour Arthur : AE (27). C'est qui, Arthur ? C'est quoi, AE ?
En général revers, comme en Indochine : PAREMENT (27). Quel rapport avec l'Indochine?
Le mec est nul en orthographe, ce qui fait problème dans le domaine des mots croisés où chaque signe compte. Exemples :
Pourra se faire voire chez les grecs : GEOMETRE (27). Aucun rapport avec les Grecs, à qui il manque la majuscule.
Auto elle ne se limite pas à Renaud et Mercedes : CRITIQUE (26).
Trois dix-huitième : RRR (26). Il manque un S du pluriel.
Le mec en question a du prendre en main la rubrique "mots croisés" de linternaute.com à partir de la grille 21, en novembre 2005. Avant ça, les grilles au format 12x12 étaient inintéressantes, mais au moins étaient-elles cohérentes.
Changement d'auteur, changement de format : on passe à des 8x8 ou 9x7, un format assez stupide en lui-même.
Entre les grilles 21 et 27, la désorganisation et l'incohérence augmentent de façon linéaire.
La grille 21 est aussi ridicule que les suivantes, mais les définitions sont encore dans le bon ordre.
Dès la grille numéro 22 les premières aberrations apparaissent :
Intérieur d'un canon de la DCA : EMA. L'âme est l'intérieur d'un canon. Mais pourquoi la DCA ? Ensuite, il n'est pas dit qu'il faut l'écrire à l'envers.
Respire mal en montant : ALAR, avec une erreur inexcusable sur le temps du verbe.
Que de romains ! : IVILIIII.
À partir de la grille 23, au format 13x12 sur le thème de Noël, les définitions sont à l'envers.
Si l'on ajoute à cela le fait que pour aller à la grille suivante, il faut cliquer sur « grille précédente », et que pour aller à la précédente, il faut cliquer sur « grille suivante », le site tout entier donne le sentiment d'être dans un monde merdique, comme dirait l'autre.
Globalement, c'est comme si on assistait à l'évolution d'une psychose depuis l'émergence du délire jusqu'à l'étape précédant immédiatement son éclosion.
Il n'y a rien après la grille 27, datée de mars 2006, comme si le sujet avait définitivement basculé dans un mutisme psychotique.
En termes techniques, je dirais donc que ce mec est plus qu'un crétin : c'est un vrai barjo !
Discussion
Oleg Ron Hibbard
Ce site est un chef d'oeuvre du portenin'ouaque, et je félicite notre ami le Comte Rossalet de Nobel-Garse de l'avoir porté à notre attention. C'est tellement con que ça en devient extraordinaire.
Visiblement, à linternaute.com, ça n'a l'air de déranger personne, puisque ces "mots croisés" mal croisés sont là depuis novembre 2005, c'est-à-dire depuis plus de trois ans, à dater d'aujourd'hui.
Ne me dites pas qu'il y a des gens pour résoudre ces mots croisés ! À sa façon, le moxauteur* de linternaute.com a réussi (et répété) l'exploit qu'avait tenté George Pérec, celui de faire un problème de mots croisés insoluble. Sauf que là, ce n'est pas par la difficulté intellectuelle des grilles, la rareté des mots ou la complexité des définitions, c'est par leur profonde incohérence et leur totale imbécillité.
Ce mec est sans conteste différent. Différent furieux, même !
Dr MoX
N'empêche qu'avec leur merde, ces bâtards sont toujours dans les premiers résultats d'une recherche sur le terme "mots croisés" avec Google ! Il m'est même arrivé de les avoir en première ligne, la place dont rêvent tous les webmasters quand on fait une recherche sur leur mot clef principal !
Autrement dit, nous avons là un site dont le contenu est plus que succinct et surtout de très mauvaise qualité, dont l'intérêt est nul en dehors d'une galerie des monstruosités, qui n'a qu'un rapport de pure forme avec les mots croisés, et qui propose depuis trois ans des problèmes que personne ne fait jamais, mais qui, pourtant, caracole en tête du classement des résultats du moteur de recherche le plus important et de loin le plus consulté du monde.
Pendant ce temps, une tapée de sites consacrés aux mots croisés, bien plus sérieux et infiniment plus étoffés, dont le nôtre en particulier, sont relégués au fin fond de ce classement.
Avouez que c'est agaçant, tout de même !
23/10/08 Le syndrôme Capelo
Dr MoX
Chers moxistes,
Nous autres, linguistes, étons sans arrêt confrontés à l’ignorance généralisée des sujets de la langue et de la linguistique.
Les blaireaux informés de notre qualité nous harcèlent de questions stupides, et le fait d’en inventorier deux-trois et d’y apporter quelques réponses cinglantes va nous permettre d’y voir plus clair.
La question, pour l’instant, n’est pas de définir ce qu’est la linguistique ni qui sont les linguistes, mais plutôt de commencer par dire ce qu’elle et ils ne sont pas.
Pour ce faire, j’aurais besoin que l’un de vous accepte de jouer le rôle du candide. J’ai pensé que Mahatma Pinjebandhur ferait ça très bien. Ainsi, on l'appellera le Mahatma Candide.
Mahatma Pinjebandhur
Très drôle !
Dr MoX
C’est bien là le but.
Je vais te demander d’endosser quelque temps la peau d’un authentique crétin, cent pour cent pure buse, et de m’adresser les remarques ou les questions débiles qu’on attend de ce genre de mec.
Mahatma Pinjebandhur
D’accord. Alors, voilà, euh…
Dis-donc, tu parles mal ! T’y as dit « nous étons » au lieu de « nous sommes » dans ta première phrase. C’est une faute de français ! En tant que linguiste, tu devrais donner l’exemple !
Dr MoX
Excellente remarque à la con ! Merci, Mahatma.
Elle appelle plusieurs commentaires.
C'est vrai que, dans les représentations populaires, le linguiste est souvent assimilé au puriste. Le linguiste est supposé « savoir » la langue, aussi devrait-il causer comme un académicien en représentation, avec accord du COD en trois exemplaires contresignés et subjonctif à tous les étages. Cette croyance, fort répandue, est en rapport avec ce que j’appelle le syndrome Capelo, à cause de l'image caricaturale que cet espèce de schtroumpf à lunettes donne d'un type qui prétend en connaître un bout sur le langage.
Il suffit pour l’instant de retenir qu’il n’y a pas plus diamétralement opposés que la linguistique et le purisme. La première traite de la connaissance sur la langue et le langage, le second répand l’ignorance sur ces sujets. Cette vermine intolérante, xénophobe et réactionnaire que sont les puristes constitue par contre un excellent sujet d’étude pour les linguistes, tout comme les venins, les poisons et les nuisibles intéressent les biologistes.
En second lieu, la parole est un acte. C’est un concept sur lequel on reviendra abondamment, car il est fondamental dans la théorie du langage telle que la conçoit le Dr MoX.
En tant qu’acte, la parole est libre, dans sa forme comme dans son contenu. J’entends par liberté non pas l’aspect légal de la parole, non plus que la dimension philosophique ou politique du mot "liberté", mais le fait que la parole procède toujours d’un choix du locuteur. Autrement dit, en chaque point de son discours, le locuteur procède à des choix : choix lexicaux, choix grammaticaux, choix énonciatifs. C'est toujours le locuteur qui choisit le thème de son énoncé, le vocabulaire qu'il emploie et la façon de l'agencer syntaxiquement.
Cette liberté de la parole est soumise à deux exigences. D’un côté, l’efficacité du message : on parle pour produire du sens. De l’autre, la norme : on ne parle pas n’importe comment, d’abord parce qu’on ne le peut pas – essayez, pour voir –, ensuite parce que que l’efficacité du message s’en trouverait compromise.
Les règles qui régissent notre parole pour garantir l'efficacité du message, qui font que l'on est compris par nos interlocuteurs et qu'on les comprend à notre tour, constituent ce qu'on appelle la norme linguistique.
C’est sur la nature et le statut de la norme que se fourvoie la purista, tandis que pour le linguiste, elle est un objet d’étude dans ses aspects sociaux et grammaticaux.
Revenons maintenant à notre énoncé « fautif » : j’ai dit « nous étons » par choix personnel (liberté de la parole), pour produire un effet de sens (efficacité du message). Ici, c'est un effet comique que j'ai voulu produire. Les plus fins auront noté que si étons est la forme au présent de l’indicatif première personne du pluriel du verbe être, alors sa forme au futur sera « étrons », ce qui devrait faire marrer même les plus mélancoliques.
Toujours en terme d’efficacité, on constate que tout le monde a compris mon énoncé, aussi mon acte de parole est-il réussi sur ce plan.
En conclusion, donc, le linguiste n’est pas un puriste.
Par sa connaissance du fait langagier, le linguiste ne peut pas être puriste. Par son ignorance du fait langagier, le puriste ne peut pas être linguiste. Il y a là une totale incompatibilité.
Les linguistes étudient la langue telle qu'elle se réalise, et non telle que le fantasme de quelques maniaques obsessionnels voudrait qu’elle soit. Pour un linguiste, tout énoncé est un phénomène linguistique valide, y compris les plus atypiques.
Merci de votre attention.
Discussion
Mahatma Pinjebandhur
À propos de Maître Capelo que tu citais à l’instant, ce mec-là est-il linguiste, oui ou non ?
Je rappelle que je suis toujours dans mon rôle de connard ignorant, hein, parce que je tiens pas plus que ça à me coller la honte.
Dr MoX
Jacques Capelovici, qui s’est fait Maître à la télévision, est l’antithèse même du linguiste. C’est certes un polyglotte, agrégé de langues, et spécialiste de l’ancien scandinave, mais il n’a strictement rien retenu de ses cours de linguistique, si jamais il en a suivis. Au contraire, il paraît clair qu’il a tout pris à contresens.
Parler une langue, ou plusieurs, ne donne aucune compétence à rendre compte de cette langue, pas plus que d’avoir un corps, malade ou en bonne santé, ne fait de vous un docteur en médecine.
Maître Capelo n’est rien d’autre qu’un phénomène de foire qu’on exhibe dans des émissions de divertissement. Il est l’une des personnalités les plus représentatives de la purista.
Paix à son âme !
Mahatma Pinjebandhur
Mais Maître Capelo n’est pas mort !
Dr MoX
Hein ? Mince, alors ! La dernière fois que je l’ai vu, c’était rudement bien imité !
7/10/08 Mots croisés et raie du cul
Dr MoX
Chers moxistes,
Commençons par le commencement, et parlons de notre principal apport lexical : le mot mox, néologisme pétulant d'inventivité servant à désigner les mots croisés.
L'intérêt d'un néologisme est de donner plus de consistance à un phénomène, de le rendre plus compact, de lui conférer une identité plus affirmée. Une désignation propre permet une meilleure distinction de la chose désignée, et notamment de l'opposer à des choses similaires mais pas identiques.
Ainsi, le terme mox renvoie de façon univoque à ce qu'on appelait jusqu'à présent et faute de mieux un « problème de mots croisés », grille et définitions comprises.
Ceci exclut de facto des trucs approchants, comme par exemple ces entrecroisements de mots qui n'ont en commun qu'une seule lettre et qui dessinent un espèce de réseau éclaté à la façon d’un plateau de scrabble, exercice généralement sans intérêt auquel seuls les vrais nazes accordent considération.
Notons que le terme de mots croisés lui-même ne s'est pas forgé spontanément, puisque la première grille parue en France en 1925 était baptisée « la mosaïque mystérieuse ». Je crois que le terme de mots croisés est apparu pour la première fois peu après, en 1925 également, mais je n’en suis pas sûr.
On peut s’étonner que ce soit un mot composé, qui plus est sans trait d’union, qui se soit lexicalisé, et nom une forme agglutinée ou un mot-valise, comme mocroisé, crucimot, ou quoi que ce soit d’autre.
Dans la construction du mot mox, les deux premières lettres sont empruntés à mots croisés et le x symbolise le croisement. C’est beau, c’est concis, c’est efficace, ça parle. En un mot, c’est kiffant.
Le mot mox est maintenant lancé sur le marché linguistique. Espérons que l’usage veuille bien le consacrer en l’intégrant au lexique commun et qu’il fera son entrée dans les dictionnaires courants, grâce à qui ? Grâce au Dr MoX et au Colloque Perpétuel !
Discussion
Ray Deffaysse
Je tiens d'abord à préciser que je n'ai rien à voir avec Madame Raymonde Deffaysse Belle, élue en mars 2008 aux élections municipales de Montclar-Sur-Gervanne, dans la Drôme.
Ceci dit, je voulais attirer votre attention sur le point commun entre les mots croisés et la raie du cul.
Dr MoX
Ça alors ! Et quelle est-elle ?
Ray Deffaysse
Et bien, tout comme les mots croisés, la raie du cul n'a pas de nom en propre, hormis cette association de trois mots, « raie » plus « du » plus « cul ».
Vous ne trouvez pas ça bizarre ?
Qu'une partie du corps aussi visible, aussi évidente, aussi centrale, n'ait pas eu le privilège de recevoir une dénomination compacte pour elle toute seule, surtout dans le domaine de l'anatomie, avec leur manie de coller un nom sur chaque chose, des plus infimes aux plus vastes, y compris sur les trous et sur les espaces entre les choses ?
Bien, sûr, on peut dire le sillon fessier, ou encore la raie culière, mais ça fait toujours deux mots.
J'ai bien pensé à « entrefesse », et je l'ai cherché sur mes dictionnaires. Je ne l'ai trouvé que dans le Quillet de 1953, pour désigner, je cite, « la protubérance située entre les fesses, et immédiatement en arrière du pis de la vache ».
Le cul de la vache ! Et rien qui concerne notre cul à nous ! Alors, je demande : pourquoi les lexicographes ont-ils écarté la raie du cul ?
Je propose donc de saisir incontinent le Conseil Supérieur de la Langue Française, afin qu'une commission de terminologie statue sur cette lacune manifeste et la comble dans les plus brefs délais.
Ainsi, la raie du cul entrera dans tous les dictionnaires, desquels elle a toujours été si injustement bannie.
2/10/08 Ouverture du Colloque Perpétuel
Dr MoX
Chers moxistes,
S’il y a un jour à marquer d’une perte blanche, c’est bien aujourd’hui !
Car, ce jeudi 2 octobre 2008, s’ouvre avec le Colloque Perpétuel la première grande réflexion sur les mots croisés jamais entreprise par la main de l’homme.
Dans la seconde moitié du vingtième siècle, les mots croisés sont devenus un phénomène de société omniprésent. Regardez autour de vous. Les grands journaux d’information ont chacun leur petit encart de mots croisés. Observez les rayons des revendeurs de presse : avec un panel d’une quarantaine de magazines, on peut réellement parler d'une industrie des mots croisés. Aucun domaine ne possède autant de revues spécialisées ni de linéaire dans les kiosques. L’internet lui aussi regorge de sites consacrés entièrement ou en partie aux mots croisés.
Mais en contrepartie, bien qu’omniprésents, les mots croisés brillent par leur discrétion. Ils sont là, ils font partie du paysage. Somme toute, on en parle peu. Absents des grands médias que sont la télévision et la radio, ils n’attirent guère l’attention. Ils échappent ainsi aux investigations des penseurs. Les mots croisés ont un statut d’épiphénomène.
Tant mieux pour nous, parce que ça veut dire que tout reste à faire.
Tel est le projet du Colloque Perpétuel.
Aussi, fort de ce programme qui a de quoi dérider les plus austères, moi, Dr MoX, je déclare ouvert le Colloque Perpétuel !